Vieux texte, plus d'actualité.
J’étais plus con que jeune quand, entre mille imbéciles, tu m’es apparue au travers d’un écran. Que tu étais candide… Ma pauvre âme insalubre ne valait pas
un soupir de la tienne mais tu m’as souris et m’as dit que j’avais tort de tant vouloir souffrir, que vivre de rancune ce n’est que mourir de haine, que je devais aimer les vivants car ils sont
éphémères et me souvenir des morts car ils sont éternels…
J’avais un crâne bien vide… et toi un cœur bien plein ; si bien que nous avons échangé nos moitiés pour devenir complets, à deux nous étions enfin Un.
Tu étais un diadème d‘ivoire sur mon front d’ébène décharné! Tu étais mon contraste et ta très grande beauté a même charmé mes sœurs! La ville en nous croisant
murmurait un rumeur jalouse: «Mais… Qui est cet astre au bras de ce vieux fauve aigri? Voyez sa chevelure: même la brise est honteuse de la caresser sans
aucune permission! Et les montagnes peu fières de croiser un regard bien plus majestueux que la plus grande d’entre elles! Et la lune en veut à toutes les érosions de l’avoir faite moins ronde
que cette croupe cavalière! Ah, qu’elle est magnifique! »
Mais moi ; plus con que jeune, je n’entendais pas les plaintes envieuses de l’univers. Je te croyais acquise, belle seulement pour moi.
Dans le brun de tes yeux, je n’ai vu que les flots transparents qui ont élever Narcisse. Et c’est le sang des naïades qui coule sur mes joues car aujourd’hui je
sais que, loin de la source miroitante où se mire l’égo, l’amoureux devient laid.
